Une étendue, immense, incertaine se déployait. Plus rien ou presque. Seules quelques particules élémentaires étaient encore présentes, un magma informel, aux limites de son extinction. Plus de corps pour toucher, plus de regard pour percevoir, plus de pensée pour concevoir, plus de mémoire pour se souvenir, aucun miroir pour s’identifier, plus de raison aux choses, une simple dématérialisation. Face à cette sensation sournoise le corps se dissolvait sans témoin, sans sépulture. Jamais ne plus pouvoir se manifester se montrer, exister.
Cependant, un sursaut, des yeux révulsés, un corps encore tremblant transpirait. Une fenêtre, un lit, une chambre même… semblaient côtoyer ce néant. Tout se dédoublait, une ambiguïté totale, effrayante. Quelqu’un était encore là ? Un rêveur éveillé faisant l’expérience de sa propre disparition ?
Ce n’était pas le néant, il était le néant, il l’habitait, vivant et mort ? Deux sensations entremêlées.