PHOTOGRAPHIES : UNE INTROSPECTION
Portfolios






La photographie ? Dessiner sur une surface sensible avec l’action de la lumière en utilisant des moyens chimiques et techniques afin de réaliser l’empreinte d’une image de la réalité. C’est une empreinte liée à l’effet chimique de la lumière généré par des photons. Avec ce procédé d’empreinte lumineuse, l’image photographique ressemble à une image « acheiropoïète », une image « non faite de la main de l’homme », comme le « Saint Suaire » de Turin. Les savoir-faire manuels traditionnels virtuoses disparaissent derrière des procédés techniques automatiques qui lui confèrent un caractère magique, miraculeux. L’image est toujours latente, cachée, prête à apparaitre.
Mais derrière le caractère secret de la technique, photographier n’est souvent que la reproduction neutre du réel, « Le vrai photographique », une simple preuve du réel, un documentaire, un témoignage, une photo souvenir ou de voyage. Ce n’est aussi bien souvent qu’un double artificiel, un simulacre sans substance qui n’a que l’apparence de ce qu’il reproduit. Le pouvoir de vérité et l’automatisation peut limiter l’image photographique à une simple reproduction du réel, sans intention ni expression artistique.
Mais la photographie produit également des images d’expressions, pour rendre visible des sensations, des idées. Si l’image n’est qu’un simulacre, et pas le vivant lui même c’est qu’elle est aussi plus que le vivant, c’est un langage, un mode d’expression qui la rend moins superficielle et lui donne une teneur. L’image photographique n’est pas qu’une reproduction automatique. Comme une peinture, il est possible de retravailler à postériori une image à l’aide de logiciels et de modifier son apparence. Par ces moyens supplémentaires la photo peut explorer le visible, le jeux des apparences, ses faux semblants et ainsi interroger notre perception. L’image photographique peut donc échapper à sa fonction première de document descriptif. L’auteur se concentre avant tout sur le ressenti et sa façon d’exprimer au lieu de trop se focaliser sur la technique et les réglage de l’appareil.
L’acte photographique nous projette hors de nous même en nous faisant observer et contempler le réel. Il engage aussi une autoréflexion. La photographie peut également être un miroir introspectif, pour regarder en soi même, révéler des phénomènes psychologiques. Partir des apparence du réel pour observer la vie intérieure, repérer des choix, des intentions pour mieux comprendre mais également pour expulser, exorciser ce qui nous hante et nous habite, une catharsis.
L’image devient alors comme une interface, une pellicule, une peau, une membrane entre ce qui se passe à l’intérieur et ce que l’on perçoit de l’extérieur. Une preuve et une empreinte de soi qui matérialise notre regard et rend visible notre sensation au monde et l’intensité de l’existence.
Un site photo comme une sépulture. Une mémoire pour le ressenti. Une bouteille lancée dans l’océan du net pour se sentir exister. Dire, montrer, communiquer l’angoisse, matérialiser ce corps fantomatique et transparent. Montrer l’irreprésentable, l’archaïque, suggérer cette conscience évidée libre de tout imaginer.
